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J.-P. Raoult

Dernière modification 30/09/2008 10:16

Président du Comité Scientique des IREM

Au vu de l'expérience des IREM : des projets inquiétants

Cette contribution est écrite le 29 septembre 2008, à la veille de la signature d’un “protocole sur les objectifs et les principes directeurs de la réforme du recrutement et de la formation des enseignants" entre la ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, le ministre de l’Education Nationale, la Conférence des Présidents d’Universités et la Conférence des Directeurs d’IUFM.

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Cette nouvelle étape dans l’élaboration d’un schéma par ailleurs largement contesté par l’ensemble des milieux enseignants en France, en particulier au sein de la communauté mathématique, prouve la volonté des autorités de procéder à sa mise en place à marches forcées.

Or, depuis l’annonce par le gouvernement de ses projets en ce domaine, ont paru de nombreuses contributions, émanant de groupes ou de personnalités au contact avec la réalité de la formation des enseignants. Celles-ci rendent compte de l’état de cette formation, avec ses difficultés intrinsèques, ses dysfonctionnements dans le système français actuel, ses évolutions (en particulier à la faveur de l’intégration toute récente des IUFM dans les universités, dont on n’avait pas encore pu apprécier les effets). Elles s’appuient aussi sur de nombreuses études sérieuses, nationales ou internationales, qui permettent de mieux cerner les besoins spécifiques de cette formation professionnelle alliant, selon des modalités variables selon les niveaux d’enseignement visés, des acquis disciplinaires, des connaissances sur le métier et des initiations encadrées à sa pratique. Elles convergent largement pour mettre en évidence les dangers du nouveau système en cours d’installation.

Le présent forum ouvert par Educmath est l’un des sites où ont été déposées certaines de ses contributions, qui s’enrichissent mutuellement. Entre autres lieux où on peut en lire figure le site des “Etats généraux sur la formation des enseignants" qui vont se tenir à l’université Paris 12 (Créteil) le 4 octobre.

Les IREM (Instituts de Recherche sur l’Enseignement des Mathématiques) sont particulièrement bien placés pour apprécier les nécessités dans ce domaine et leurs commissions spécialisées, la COPIRELEM (Commission Permanente des IREM sur l’Enseignement Élémentaire) et la CORFEM (Commission de Recherche sur la Formation des Enseignants de Mathématiques), sont représentatives de la diversité, bénéfique, parmi les acteurs de cette formation œuvrant collectivement au sein des IUFM (enseignants du supérieur, enseignants issus du primaire ou du secondaire, formateurs associés exerçant à temps partiel en IUFM). Les IREM sont donc profondément préoccupés du recul que traduirait la disparition de la synergie permise par cette cohabitation  ; il s’agit là d’un des multiples dangers des projets actuels, qui a relativement peu été mis en évidence jusqu’ici.

Nombreuses à être placées quotidiennement au contact des futurs enseignants en formation, avec leurs parcours initiaux diversifiés et leurs origines sociales diverses, les personnes engagées dans les IREM sont de ce fait tout particulièrement sensibles aux menaces de type social que comporterait une “masterisation" ne s’accompagnant d’aucune possibilité de rémunération durant les cinq années de formation universitaire.

Dans ce contexte, le Comité Scientifique des IREM avait exprimé un avis critique à l’occasion de sa réunion du 19 septembre. Cet avis recoupe nombre des positions exprimées par ailleurs, en particulier sur ce forum ; nous le reproduisons ci-dessous.

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Le comité scientifique des IREM (Instituts de Recherche sur l’Enseignement des Mathématiques), réuni le 19 septembre 2008, s’est préoccupé des projets de réforme de la formation des enseignants. Il a enregistré avec intérêt le travail en cours, sous l’égide de la CFEM (Commission Française pour l’Enseignement des Mathématiques), avec en particulier la participation de l’Assemblée des Directeurs d’IREM, en vue d’effectuer une analyse critique détaillée de ces projets.

La formation des maîtres est en effet une question qui a fait l’objet d’études approfondies dans les IREM depuis leur création. Ces travaux des IREM ont trait aussi bien à la formation des professeurs de mathématiques en collèges et lycées qu’à la part relative aux mathématiques, en liaison avec les autres matières, dans la formation des professeurs des écoles.

Ces études sont coordonnées, au sein du réseau des IREM, par la COPIRELEM (Commission Permanente des IREM sur l’Enseignement Élémentaire) et la CORFEM (Commission de Recherche sur la Formation des Enseignants de Mathématiques). Elles font apparaître :

- en ce qui concerne l’enseignement primaire, la nécessité d’une formation appropriée aux outils mathématiques utilisés à l’école (souvent mal maîtrisés par des étudiants à formation antérieure non scientifique), intimement liée à l’apprentissage de la pratique de la classe, au travers d’enseignements universitaires et de stages,

- en ce qui concerne l’enseignement secondaire, le besoin d’une appropriation des mathématiques différente de celle acquise en licence, conjuguant le renforcement de la maîtrise de la discipline, la réflexion didactique et l’initiation progressive à la conduite de la classe, au travers, là aussi, d’enseignements universitaires et de stages.

Au vu de ces études, il apparaît au comité scientifique des IREM qu’une formation adéquate des enseignants ne peut être assurée par la seule succession d’un master et d’un encadrement, en première année d’exercice, par des enseignants chevronnés. De plus, la possibilité d’une formation adéquate au sein du master serait compromise s’il se confirmait que la plupart des étudiants se présenteront, au cours de leur seconde année de master, aux concours de recrutement de l’éducation nationale (en deux temps, en décembre ou janvier, puis en fin d’année universitaire)  ; la possibilité de stages efficaces se trouverait de ce fait mise en péril. La structure des secondes années d’IUFM (où exerçaient, avec des statuts divers, nombre d’enseignants actifs dans les recherches des IREM) avait été élaborée dans le but de constituer un tel cadre de formation professionnelle ; celui-ci aurait gagné à être mieux exploité, mais sa suppression ne saurait être effectuée dans la précipitation et sans qu’on étudie sérieusement comment y suppléer.

Le comité scientifique des IREM rappelle à cette occasion sa position en faveur de modalités de prérecrutement des enseignants du type de celles qui étaient jadis offertes par les IPES et s’inquiète que l’organisation en projet n’aille à l’encontre de ce besoin.

Il affirme enfin que tout schéma de formation des enseignants doit comporter un effort important en faveur de la formation continue, dont il avait été reconnu qu’elle est actuellement “sinistrée", lors du colloque de l’académie des sciences, en octobre 2007, intitulé  : La formation des maîtres à l’enseignement des sciences  : quel avenir ? . Les IREM peuvent jouer à cet égard, en ce qui concerne les mathématiques, un rôle essentiel.

 

 

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